Dalmiro Lora, le peintre de la chromofiguration
Dalmiro Lora, le peintre de la chromo-figuration.
Dalmiro Lora est un homme de goût. Son pantalon d’un jaune citron s’accorde à merveille avec sa chemise bleu marine soigneusement repassée. Cette haute silhouette distinguée, un tantinet timide mais à l’aspect jovial s’assied très simplement face à moi pour une interview exclusive, le visage barré d’un large sourire et les yeux pétillants de décontraction et de curiosité mélangées.
Issu
d’une famille de sept enfants, Dalmiro ne savait pas quoi faire après le
bac. Son mécanicien de père l’informa qu’une école des Beaux
Arts existait à Carthagène des Indes, sa ville natale. Le jeune
homme appréciait peu le contact de l’huile de vidange sur ses
mains. Il préférait l’huile… dans la peinture. Bien lui en a
pris ! Dalmiro Lora a su développer un style bien personnel,
qui ne rappelle aucun maître colombien ni européen. Bien qu’il
connaisse les œuvres du maître français Pierre Daguet, venu vivre
à Carthagène et fondateur du « groupe des XV » en 1946,
l’artiste use des sombres et claires, des rouge tomate, orange
sanguine, des bleu marine, vert olive ou jaune maïs comme autant de
gâchettes pour déclencher un feu d’artifice sur n’importe quel
sujet… humain si possible.
À comparer avec Jan Peter van Opheusden, peintre néerlandais rencontré en Indonésie, Dalmiro Lora ose des associations tranchées, quand le Hollandais s’attache aux mouvements en respectant une harmonie de tons. Les couleurs n’ayant plus de secret pour Monsieur Lora, il met à l’honneur la beauté des vies quotidiennes, observable partout dans le monde. Et il le fait bien !
Capable de dessiner rapidement des natures mortes ou des animaux dès l’âge de huit ans, sa peinture a su évoluer de la figuration simple vers une chromo-figuration vivante, car animée par des couleurs à la fois opposées et harmonieuses, une caractéristique qui le distingue nettement des peintres de ce fameux groupe perdurant jusque dans les années 80, année de la disparition du maître. Ce bientôt très (très!) jeune septuagénaire n’a d’autres souhaits que de s’éloigner du conformisme moderne pour oser, que dis-je (!) risquer une peinture audacieuse par l’usage d’un maximum de variations et de contrastes, afin d’extraire de nos réalités humaines ce qu’elles détiennent de plus beau : leur substantifique moelle.
Car dans toutes personnes il y a de la beauté, comme ce vendeur des rues, oeuvre ultra récente intitulée Carretillero ou bien la représentation du temps (ci-dessous), œuvre dont feu l’écrivain colombien Roberto Burgos Cantor s’est servi pour illustrer la couverture de l’un de ses livres. Le groupe des XV développa une approche figurative de la peinture, en opposition aux mouvements abstraits qui dominaient l'art à l’époque des années 50. Pour eux, l’image devait rester dans le réel. Dalmiro Lora élève l’image par la « chromo-figuration » selon un seul objectif : célébrer l’âme humaine.
Dalmiro Lora est à la peinture ce que Guy de Maupassant fut à l’écriture : un esthète de la condition humaine. Le peintre célèbre les sens et révèle les sentiments humains par la couleur, de la même manière que l’écrivain racontait les réalités de son époque. Et c’est beau !
Corinne Debreilly, Nîmes, Septembre 2024





